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Souvenirs
La plume sergent major

Nous écrivions avec des plumes sergent major et en avions toujours deux ou trois dans notre plumier, en cas de rupture ou de contrariétés diverses.
On ne finasse pas longtemps avec la plume sergent major. Il faut lui obéir et faire les pleins et les déliés comme elle l’exige. A défaut, c’est le pâté assuré, la giclure, le dérapage ou la glissade incontrôlée sur le papier glacé.
Il ne faut pas davantage la charger d’encre exagérément. La plume sergent major aime la légèreté. Elle se déleste rapidement sur votre cahier de la goutte excédentaire. Ecrire nécessitait par conséquent de nombreuses allées et venues de la plume entre le cahier et le petit encrier en verre ou en porcelaine blanche enchâssé dans le trou aménagé à cet effet à l’angle droit du bureau d’école.
Les premières lettres sont bien grasses, et nécessiteront tôt ou tard la salutaire intervention du buvard. Rapidement, les suivantes sont de plus en plus pâles jusqu’à devenir exsangues. Bientôt ne subsiste plus que la trace des deux pointes de la plume. Il faut la recharger en belle encre violette – avec modération - afin d’écrire quelques mots supplémentaires.
Pour ne pas imprimer ce que l’on vient d’écrire sur la paume de sa propre main ou lorsque l’on va tourner la page, l’intervention du buvard est obligatoire. Son maniement demande, lui aussi, beaucoup d’agilité et d’adresse. Appliquer le buvard trop fortement sur l’encre risque de l’étaler autour de la ligne et de créer une brume violette sur le sujet, le verbe ou le complément d’objet, que ce dernier soit direct ou indirect. La plus grande retenue est de mise et si le plein de la lettre est trop frais, il est recommandé d’utiliser un coin du buvard pour éponger les excès. Les déliés appellent moins de précautions mais ils sont si proches des pleins qu’on ne peut les ignorer totalement lors du traitement.
Tirer un trait sur le cahier à l’aide de la plume sergent major et la règle en bois exige un œil vif, une main sûre, du sang froid et une grande maîtrise de soi. Il convient, en effet, de maintenir un espace constant et régulier entre la plume et la règle. A défaut, l’encre en profitera pour inonder la règle ou, bien pire, s’infiltrer entre celle-ci et la feuille de papier.
Pour ne pas vous lasser davantage, je repose la plume dans le… plumier. Mais attention ! L’encre sèche sur la plume et l’encrasse. L’usage du petit chiffon pour nettoyer la plume sergent major après la pose du point final est par conséquent fortement conseillé.
Ces exercices de tortures ne sont plus pratiqués que par les amoureux de calligraphie.
Aucun doute : le passage de la plume sergent major au clavier d’ordinateur - en passant par le stylo à bille – fait partie des évolutions les plus spectaculaires vécues par les anciens d’avant guerre et les papy-boomers.
20.3.2009 à 18:08
Merci Le Zeph’ pour ce souvenir d’école… Sergent Major… il y avait une autre marque de plumes dont j’ai oublié le nom… une plume dont le corps était un peu plus large et le bout arrondi il me semble ! Le coup de l’encre qui s’infiltre sous la règle ou le double décimètre… Et les buvards ? certains étaient “publicitaires” pour du cirage je crois ! Mon problème, il fallait “caresser” le buvard et j’avais horreur de ce contact, alors je tapais dessus !
24.3.2009 à 22:01
Moi, j’utilisais des plumes gauloises; lorsqu’elles étaient neuves, il fallait les sucer pour enlever l’huile sinon, l’encre n’accrochait pas!
2.5.2009 à 09:12
Nostalgie !
Amicalement, Maous
6.5.2009 à 10:42
Surprise! ce magnifique commentaire sur mon blog…J’en veux encore, je veux encore lire ces lignes étonnantes qui me font entrer dans un tableau surréaliste!
et quel plaisir ce post sur l’écriture, alors que je farfouillais dans mes collections de plumes et de cahiers. Vite je file mettre ce blog dans mes favoris….